Pour la Joconde au Louvre-Lens

Mona Lisa au Louvre-Lens

Sylvain Robert, maire de Lens a écrit à Emmanuel Macron pour accueillir la Joconde au musée du Louvre-Lens


Lors de ses vœux aux acteurs culturels, Françoise Nyssen, ministre de la Culture, s'est demandé "pourquoi, par exemple, le Louvre ne se séparerait pas provisoirement de la Joconde". Sylvain Robert, maire de Lens, s’est alors saisi de cette annonce pour accueillir ce chef d’œuvre de Léonard de Vinci au Louvre-Lens. Dans un courrier daté du 30 janvier 2018 adressé au Président de la République, il sollicite le prêt d'un des tableaux les plus connus au monde, au musée du Louvre-Lens.


" Monsieur le Président de la République,

Il y a une génération à peine, la toute dernière gaillette de charbon français était remontée d’Oignies dans le Pas-de-Calais. A cette époque, personne n’aurait pu imaginer que 28 ans plus tard, un élu du bassin minier s’adresse publiquement au Président de la République pour, légitimement, demander que la Joconde de Léonard de Vinci soit exposée à Lens, ville où un deuxième Louvre fut bâti en face d’une rangée de corons.

Cette lettre que personne n’aurait envisagé d’écrire jusqu’en 2004, je vous l’adresse après que Madame Françoise Nyssen, Ministre de la Culture, a posé mardi 23 janvier 2018 la question que toute une région formule inlassablement depuis plus d’une décennie, après avoir moi-même interrogé à d’incalculables reprises le conseil d’administration du musée : « Pourquoi s’interdirait-on de déplacer la Joconde », à Lens ?

Cet appel de la Joconde ne m’appartient pas, je le porte pour mon territoire et pour la nouvelle génération qui espère davantage de bonheur et de liberté qu’en ont eus leurs aînés. Les reconnaissances que forment l’inscription du bassin minier au patrimoine mondial de l’Unesco et le choix de Lens pour accueillir le Louvre donnent un socle de fierté aux espoirs de la jeunesse. Car, deuxième musée le plus visité en dehors de Paris, le Louvre-Lens est en train de réussir. Depuis son inauguration il y a 5 ans, la démocratisation culturelle est bel et bien en marche ici, comme nulle part ailleurs en France. Les résultats obtenus auprès d’une population qu’on disait éloignée de la culture dépassent les attentes : chaque année, sur les 450 000 visiteurs du Louvre-Lens, 65 000 sont lensois et autant sont des élèves de cette nouvelle génération. Rendons-nous compte, ces chiffres sont chacun équivalents à plus de deux fois la population de la ville.

En effet, la promesse du musée du Louvre-Lens est culturelle autant que socio-économique. D’abord, elle rend l’idéal d’Égalité concret : le Louvre-Lens prouve que les oeuvres d’art du plus beau musée du monde appartiennent à chacun d’entre nous et qu’elles sont partagées avec un sens aigu de la justice sociale et de l’équité. Cette promesse est depuis des années un merveilleux vecteur d’espoir pour la région toute entière. Elle a même pour effet d’accélérer les mutations sociétales et il me semble que ce courrier en témoigne. Mais depuis le départ de la "Liberté guidant le peuple" pour Paris en 2013, ce serment exclut invariablement les chefs-d’oeuvre les plus admirés du Louvre. Dans notre cas, l’exception ne confirme pas la règle. Dans notre cas, je le crains, l’exception des icônes commence à endommager une promesse pourtant si bien tenue.

Car, à l’urgence de culture et de beauté, s’ajoutent dans un territoire densément peuplé les urgences sanitaire, sociale, économique, écologique… Pour projeter vers un avenir meilleur le territoire, notre réponse à ce diagnostic connu doit accélérer significativement le « renouveau » de toute notre région. Nous expérimentons un modèle de requalification territoriale où la culture et l’excellence sont un point de départ incontournable.

La Joconde attire chaque jour jusqu’à elle plusieurs dizaines de milliers de personnes parce qu’elle est probablement l’image la plus connue du monde. Elle est davantage qu’un portrait, elle est une puissance symbolique au service de la cohésion de la Nation et d’une culture européenne partagée. Maintenant qu’il est autorisé d’espérer l’admirer présentée ailleurs que dans son palais, offrons l’expérience de la Joconde d’abord aux français qui l’attendent à Lens depuis cinq ans.

Il est coutume de dire de notre région qu’on y pleure deux fois : quand on y arrive et quand on en part. Bien sûr, les experts vous rappelleront que les yeux de la Joconde ne sont que de la peinture, que son regard n’est doué que de ce que le public y voit, et que le portrait n’est qu’un panneau de bois. Mais, il me plait de croire que le seul risque que je vous engage à prendre aujourd’hui en exposant la Joconde à Lens, en unissant une région par l’honneur qui lui sera fait, en rendant un symbole à l’intégralité des Français, est qu’avec nous, Monsieur le Président, vous vous mettiez à voir une larme dans les yeux de Mona Lisa lorsqu’elle quittera le bassin minier. "

Sylvain Robert,
Maire de Lens,
Président de la Communauté
d'Agglomération de Lens-Liévin

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